mercredi 12 mars 2008

A Z F - Charlie Hebdo plaide la thèse de l'attentat.


Par Olivier Bonnet, 21 September 2006
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Cinq ans se sont écoulés depuis l’explosion de l’usine AZF de Toulouse. En mai dernier, les experts judiciaires ont remis leur rapport qui conclut définitivement à la thèse de l’accident. Une imposture scientifique qui ne convainc personne. Que cache-t-elle ?

Le 11 mai 2006, les experts judiciaires rendent leur rapport définitif sur l’explosion de l’usine AZF du 21 septembre 2001, qui a fait 30 morts et 5000 blessés, endommageant en outre 27 000 logements alentour : il s’agit bien d’un accident. Ce que les autorités se tuent à nous dire depuis le début : deux heures à peine après l’explosion, la police indique déjà à l’AFP qu’elle est “probablement d’origine accidentelle“, et l’après-midi même, un expert judiciaire donne une interview à La dépêche du Midi, évoquant une “auto-inflammation” des stocks de nitrate dans le hangar de l’usine. La piste terroriste est close trois jours après la catastrophe, lorsque le procureur Michel Bréard affirme : “L’attentat, certainement pas, je suis formel. Il y a 99 % de chances pour que ce soit un accident.” Formel ? 99 % ? Comment peut-il s’exprimer ainsi alors que les investigations débutent à peine ?

Une mystification scientifique

Tout se passe comme si, dès le départ, il avait fallu coûte que coûte que l’enquête valide bien la thèse autorisée de l’accident : cherchons à expliquer comment il a pu se produire et n’allons surtout pas trop loin dans la vérification d’autres pistes. L’édition d’hier de Charlie Hebdo, qui revient sur le dossier en quatre pages titrées Tout a explosé sauf la vérité, s’amuse des hypothèses successivement envisagées par les experts pour corroborer le caractère accidentel de l’explosion. Auto-inflammation ? “un scoop scientifique qui laisse les spécialistes en ammonitrates passablement pantois : ils ignoraient, jusqu’à ce que la justice française les en informe, que des sacs d’engrais agricole pouvaient exploser spontanément“. Pour coller à tout prix à cette explication, nos experts envisagent que l’ammonitrate aurait été “fortuitement contaminé” par : “du fioul, de l’huile, des matières plastiques, des morceaux de bois, des poussières, de la rouille, des végétaux, de la terre, des remontées de la nappe phréatique…“, énumère avec gourmandise la journaliste de Charlie,rat_mort Sylvie Coma, avant d’asséner le coup de grâce : “des sources policières iront jusqu’à envisager que les 300 tonnes d’engrais agricole aient pu exploser à cause du méthane produit par… le cadavre d’un rat.” Bien entendu, rien de tout cela n’est sérieux. Il faut trouver autre chose. C’est fait à la fin de l’année 2001 avec la divulgation de l’élément mystère : des dérivés de chlore pour piscine. Un sac de 500 kilos aurait été déversé par erreur dans le sas du hangar. Jamais ces ingrédients n’auraient dû se trouver à proximité l’un de l’autre et le manutentionnaire à qui on a voulu faire porter le chapeau, Gilles Fauré, le dernier à avoir vidé une benne dans le hangar, nie avec la dernière énergie. Il travaille depuis huit ans sur le site et connaît parfaitement les produits qu’il manipule. De plus, impossible de toucher au chlore sans un masque à cartouches ventilées, des gants, une combinaison et un aspirateur à sac, ce que prouvera l’échec des deux reconstitutions opérées en octobre 2002. Fauré bénéficiera du reste finalement d’un non-lieu, le 13 juillet dernier. Mais qu’à cela ne tienne. En novembre 2001, les policiers conduisent Fauré jusqu’au bâtiment d’où est censé être parti le chargement suspect. Et devinez quoi ? Miracle : posé bien en évidence au-dessus des emballages de nitrate, un sac de chlore vide ! Qui tombe à pic. Mais en avril 2002, Le Figaro reconstitue l’itinéraire du sac en question et démontre qu’il était déjà vide deux mois avant l’explosion. Qu’à cela ne tienne bis. Comment l’explosion se serait-elle produite? Elle peut survenir si le mélange ammonitrates-chlore s’ajoute à des hydrocarbures, si l’ensemble est intimement mélangé, humidifié de 10 à 20 % d’eau puis laissé à mariner dans un environnement confiné. Le hangar est ouvert aux quatre vents… L’expert judiciaire François Barat réalise une reconstitution en laboratoire et claironne que l’explosion survient en 26 secondes. Las, la contre-expertise prouve que son expérience est bidonnée. Qu’à cela ne tienne ter. Marc Mennessier, ingénieur agricole de formation et journaliste au Figaro, dans une interview exclusive accordée à Nicolas Voisin du Monde Citoyen, appuie là où ça fait mal : “des expertises ont montré que le produit censé avoir déclenché l’explosion, on n’en a trouvé aucune trace dans le hangar où il était censé être“. Et en effet, la version finale définitivement retenue en mai 2006 par le rapport d’expert fait état d’une contamination “par sympathie” entre le chlore et les ammonitrates. Et s’il faut modifier pour cela le plan des lieux, qu’à cela ne tienne quatro. D’abord présenté avec le chlore et le reste bien séparé par un muret de 1,5 mètres, une deuxième version le redessine finalement de telle façon à ce que le chlore touche pratiquement les nitrates. Charlie reproduit les deux plans contradictoires : imparable. Mais si la version de l’accident telle qu’on nous la présente n’est pas crédible dix minutes, que cache cet empressement à la faire accréditer à tout prix ?

La thèse de l’attentat délibérément étouffée

azf2Cet aspect de l’enquête a été occulté dès le départ“, constate Marc Mennessier au micro de Nicolas Voisin. De quoi parle-t-il ? De l’hypothèse d’un attentat, pourtant envisagée par les Renseignements Généraux dès le 3 octobre 2001. Où l’on ne peut faire autrement que se pencher le cas d’un ouvrier d’AZF, Hassan Jandoubi. Lisons ce qu’écrit de lui dans L’Express en janvier 2003 Anne-Marie Casteret, journaliste d’investigation éminemment crédible hélas décédée fin mai, ayant par exemple sorti l’affaire du sang contaminé : “un employé intérimaire qui chargeait des sacs d’ammonitrates dans des camions. Son lieu de travail, le bâtiment IO, était situé juste en face du hangar 221. Hassan J. sera tué par l’explosion. Retrouvé enseveli au bord du cratère, ce jeune Français d’origine tunisienne est transporté à la morgue de l’hôpital Purpan. Lors de l’examen du corps, première étape avant l’autopsie, la médecin légiste est surprise de la tenue très soignée du jeune homme et surtout du port de cinq sous-vêtements sous le pantalon de travail. Ces éléments lui font penser au rituel observé par les auteurs d’attentats suicides en Israël, qui protègent ainsi leur sexe des dégâts de l’explosion. Elle fait part de ses observations aux policiers. Le SRPJ demande alors aux RG d’enquêter. Ceux-ci vont recueillir un certain nombre d’éléments significatifs sur la personnalité et les fréquentations de Hassan J. Ancien délinquant, ce dernier serait tombé depuis plusieurs mois sous l’influence du groupe islamiste «tendance afghane» de Mohammed R. Or des membres de ce groupe, dont le propre fils de Mohammed R., ont été arrêtés, une heure après l’explosion, par la brigade autoroutière de Valence-d’Agen, à 100 kilomètres de Toulouse. La vitre arrière de l’un des véhicules est brisée. Les automobilistes expliquent qu’elle a été soufflée par l’explosion parce qu’ils se trouvaient à ce moment-là à proximité de l’usine. Qu’y faisaient-ils? Pourquoi et comment ont-ils si précipitamment quitté les lieux alors que la panique régnait et que la rocade qui longe l’usine était impraticable ?” En parlant de la “tenue soignée” de Jandoubi constatée lors de l’autopsie, “on” l’a tout simplement changé de vêtements ! Il porte des traces de brûlures un peu partout sur le corps mais son pantalon et son tee-shirt sont intacts. Ledit pantalon, de taille 44, dans lequel il flotte, ne fait pas partie de la tenue fournie par l’usine et un témoin le décrit habillé ce jour-là d’un pantalon moulant… Qui lui a changé les vêtements, et que cachait la tenue escamotée ? Pourquoi a-t-on attendu une semaine entière avant d’aller perquisitionner chez lui, où sa compagne avait entre temps tout nettoyé et jeté ses effets personnels ? Pourquoi a-t-on omis de vérifier les trois revendications différentes parvenues aux autorités et à la presse locale, dont l’une a été envoyée sur le fax d’un centre de pompiers piraté depuis l’Angleterre, plaque tournante du terrorisme islamique européen bien connue ? Autant d’éléments négligés (délibérément escamotés ?) qui auraient largement mérité des investigations complémentaires, au lieu de s’en tenir à la version abracadabrante de l’accident défendue par les experts judiciaires.

A la mémoire d’Anne-Marie Casteret

Décidés à ne pas clore le dossier, nous remuons actuellement ciel et terre pour interroger Lionel Jospin, alors chef du gouvernement, Thierry Desmaret, PDG de Total, ou son cadre chargé du suivi de l’enquête, Patrick Timbar, le procureur Michel Bréard, ainsi que le fils d’Anne-Marie Casteret, qui avait laissé ce commentaire sur un article publié par AgoraVox à propos de l’affaire : “Ma mère a énormément travaillé chacun de ses articles portant sur l’’explosion de l’usine AZF. Elle a enquêté exclusivement sur ce sujet pendant quatre ans et demi et n’a publié qu’une demie douzaine d’articles. Je peux vous garantir que chacun des faits rapportés reposent sur des sources vérifiables. (…) Lorsqu’une de mes amies lui demanda pourquoi, s’il s’agissait d’un accident, l’explication tardait tant, elle lui répondit qu’elle pensait que le procureur avait écarté d’emblée la piste d’un attentat ou d’un acte criminel, parce qu’un attentat ou un crime de cette ampleur, “ça se voit tout de suite”. Et puis elle est partie enquêter à Toulouse. Et lorsqu’elle est revenue, elle était verte. Parce qu’en effet, un crime ou un attentat, ça se voit. Même quand on essaie de le cacher. Pendant quatre ans, ma mère a relevé, avec une énergie miraculeuse compte tenu de son état de santé, toutes ces petites cachotteries, très très troublantes. Elle y travaillait encore trois jours avant son décès. Elle était une passionnée de la vérité et de la justice et elle oeuvrait avec rigueur et sincérité.” En sa mémoire, et en celle des victimes de la catastrophe, puisse la vérité émerger un jour.